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Association pour la Défense Et l'Illustration des Arts d'Afrique et d'Océanie
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Tingatinga, peintures de Tanzanie

Les publications de l'ADEIAO

Tarifs au 01/06/2007. Pour commander un ouvrage, n'hésitez pas à nous contacter.

 99,99 €
Tingatinga, peintures de Tanzanie
N° 12 - Tingatinga, peintures de Tanzanie
Avant-propos de Henri Marchal, Conservateur du MAAO
Photos de Jean-Denis Joubert, Jesper Kirknæs
Textes de Lucette Albaret, Anar Cassam, Ushma Chauhan, Jutta Ströter-Bender
Commissaires de l'exposition : Lucette Albaret, Henri Marchal
(1992, 16 x 16 cm, 48 p.)
7,60 €
Tingatinga, peintures de Tanzanie
 

Tingatinga, Tanzanie. Un nom qui répète en écho deux syllabes et semble remplir un immense espace, l'espace d'un pays, traçant sur le monde la trace vigoureuse d'un pinceau...

Où est-il né, et quand ? J'aimerais le savoir. Ce que je sais, c'est qu'il est mort en 1972 : par accident sans doute, assis à l'arrière d'une voiture que la police avait prise en chasse, par une nuit noire, le long des rues de Dar-es-Salam.

Et derrière lui, après une brève vie d'artiste, il a laissé en cadeau une centaine d'œuvres au moins qui ornent aujourd'hui nos murs, en Afrique et en Occident.

Si vous aviez marché dans les rues de Dar-es-Salam vers le milieu des années 60, vous auriez fait la rencontre de belles sculptures d'ébène, œuvres des artistes du peuple makondé. Les plus remarquables étaient souvent exposées dans la boutique de Mohamed Peera, au centre de la ville. Les sculpteurs alors les plus renommés, Clémenti, Dastani et leurs élèves, connaissaient bien Peera, et Peera les connaissait bien : il portait sur leurs œuvres le regard et l'appréciation d'un connaisseur. Il parlait avec eux, les écoutait, les encourageait en ami. En retour, les artistes apportaient à la boutique de Peera leurs œuvres : art noir, formes tirées du bois où le sculpteur emprisonnait les anciens esprits tribaux, dont le langage parvenait à son subconscient par-delà des temps immémoriaux, sculptures traditionnelles, immédiatement reconnaissables.

Le groupe de Peera savait aussi saisir et rendre tangible la vie du monde contemporain, celui que nous partageons tous, celui qui voit les hommes, les femmes, les enfants travailler, danser, aimer, souffrir, rêver.

Leurs mains expertes faisait jaillir du cœur inanimé et silencieux de l'ébène des formes parfaites avec leur mouvement, leur vie, leur caractère propre, comme seuls les Makondé savent le faire.

Un jour de 1967, dit Peera, les sculpteurs amenèrent avec eux un de leurs amis, un peintre appelé Tingatinga. Cet artiste n'appartenait pas à leur tribu, mais il était l'un de leurs proches : il apportait de ses peintures, oiseaux aux couleurs éclatantes, au plumage rouge, noir, blanc. Peera fut immédiatement frappé à leur vue : c'était la première fois qu'il recevait la visite d'un peintre, bien qu'il eût un jour encouragé les Makondés à peindre. Ils avaient, raconte Peera, trouvé ce moyen trop lent pour exprimer leurs idées, pour manifester leur propre créativité.

Tingatinga était un novateur, un artiste au style original, spontané, mais déjà parfaitement formé, auquel pouvaient seulement être apportés encore quelques perfectionnements. Aucun peintre, ni avant, ni après, ne peut être confondu avec lui : car s'il est vrai qu'il put, en très peu d'années, animer avec spontanéité et naturel une école de peinture au vrai sens du terme, avec de talentueux élèves (Tedo, Ajaba), son œuvre personnelle reste à part, unique et inimitable.

Sur le monde de l'art de Dar-es-Salam, sur les artistes et leurs aficionados de toutes origines, le talent de Tingatinga s'imposera avec un éclat singulier. Comme beaucoup d'autres, j'avais l'habitude de suivre le peintre depuis la boutique de Peera jusqu'à sa petite case, à Kinondoni, parlant avec lui des oiseaux, des arbres, des animaux, des fleurs, toutes choses, auxquelles il savait donner la vie, avec ses couleurs mises sans les diluer dans des boites de conserve.

Toujours prêt, toujours disponible, c'était un homme aimable avec lequel on pouvait bavarder dans l'air du soir que parfumaient les senteurs de noix de cajou et la fumée des feux de bois.

Il ne pouvait plus assez peindre, et nous ne pouvions plus assez acheter ! Toute une collection fut vite rassemblée par la National Art Gallery pour des expositions à l'étranger. Une frénésie de peinture et d'achat vint s'abattre sur Tingatinga et ses amis ; elle ne s'arrêta qu'avec la mort brutale qui mit si malheureusement fin à l'extraordinaire profusion que manifeste son œuvre, tant dans l'invention que dans la production artistique.

D'où venait cet attrait ? regardez les peintures et vous comprendrez vite : le style "naïf", les lignes "nettes" et "sûres", les couleurs "franches", "primaires", les formes "naturelles", les "aplats"... Mais j'ai mis ces mots entre guillemets, car ils sont maintenant dépourvus de signification : de simples mots-codes, qui ne se rapportent qu'à des catégories, non à une expérience authentique ou à un sens réel.

Et les catégories ne sont pas nécessaires. Seuls nos yeux nous permettent d'éprouver la joie immédiate et sensible, le rire, la chaleur, la lumière, la drôlerie et la beauté de ce monde naturel qui est celui de la Tanzanie, saisi spontanément et pour toujours par les mains de Tingatinga.

Anar Cassam

Association pour le Développement des Echanges Interculturels au Musée des Arts d'Afrique et d'Océanie