
Tarifs au 01/06/2007. Pour commander un ouvrage, n'hésitez pas à nous contacter.
![]() Textes de Paul Balta « Jamil Hamoudi restitue une arabesque aux larges affrontements de ton. Il agite le sens littéral sous des labyrinthes de lignes et de plages de couleur : mais ce n'est que prétexte et résultat. La signification de l'œuvre va plus loin. C'est une novation dans la fidélité... » - Jacques Berque (1986, 31 x 23 cm, 116 p.) | 15,00 € |
![]() Homme des ruptures, homme des synthèses, homme de l'exil, homme du retour au pays natal, homme des multiples découvertes, homme de l'enracinement profond, tel m'apparaît Jamil Hamoudi qu j'ai connu il y a plus d'un quart de siècle, dans les années 1950, peu après son arrivée à Paris. Depuis, nous n'avons cessé de dialoguer et, à l'occasion, de créer ensemble, parce que nous nous percevions l'un et l'autre – lui, artiste et poète, moi, écrivain et journaliste – comme des médiateurs entre deux mondes, deux civilisations, deux cultures, deux sensibilités. Pourquoi avait-il quitté Bagdad ? Oui, pourquoi, alors qu'il y avait si brillamment débuté ? N'est-ce pas lui qui, le premier des artistes irakiens contemporains, avait introduit la calligraphie arabe dans la composition plastique ? Innovation révélatrice de sa démarche en ce qu'elle reflète une double fidélité et une double ouverture. Esprit profondément musulman et arabe imprégné de versets du Coran, il avait eu dès l'enfance la passion de la calligraphie, tradition millénaire dans laquelle s'illustrèrent ses ancêtres de Koufa, de Bagdad, de Mossoul et de Samara. Fidélité au passé et à l'enfance contrebalancée par l'ouverture sur le monde et sur l'avenir puisqu'il entend à la fois faire revivre la tradition dans l'art moderne, relier le passé au futur, être à l'écoute de ses contemporains pour ouvrir des perspectives aux générations montantes. C'est lui aussi qui, curieux de tout, avait fondé en 1945, alors qu'il avait à peine une vingtaine d'années, la revue Al Fikr al Hadith (la Pensée moderne) accompagnée d'un sous-titre significatif : « revue de l'art et de la culture libres ». Cette publication – la première de langue arabe dont la couverture avait été réalisée en offset – exaltait certes l'arabesque et l'immense champ insuffisamment exploré de la culture arabe et musulmane mais elle s'efforçait aussi de faire connaître à la jeunesse irakienne André Gide et Paul Valéry, Jean Cocteau et Henry Moore, Bernard Shaw et Saroyan... Ainsi révélait-elle l'itinéraire qu'allait suivre le jeune artiste qui se voulait déjà, comme le constatera quelques années plus tard Louis Massignon, « un trait d'union entre l'Orient et l'Occident ». Homme de révolte aussi, Jamil Hamoudi l'a toujours été, lui qui n'a cessé de s'insurger contre les directives, d'où qu'elles viennent, dès lors qu'elles allaient à l'encontre de sa conception de l'art. Arabe et musulman, il ne se sent pas moins l'héritier de la tradition sculpturale de Sumer et de Babylone, de Ninive et de Hathra. C'est qu'il a été pétri de cette argile fertile de la Mésopotamie. Non seulement il ne renie pas ses racines mais encore il assume à ce point son héritage qu'à l'âge mûr il s'est mis à ressembler physiquement au scribe sumérien Dudu, le Malraux, si je puis dire, du royaume de Laggash, dont une superbe statue perpétue la mémoire au Musée irakien. Mais comme son autre compatriote Sindbad, le marin de Bassorah immortalisé par les Mille et une nuits, il a entendu l'appel du grand large et il est parti à la découverte du monde et sans doute aussi de lui-même. | |