
Tarifs au 01/06/2007. Pour commander un ouvrage, n'hésitez pas à nous contacter.
![]() Avant-propos de Henri Marchal, Conservateur du MAAO Photos de Sue Combret, Michel Massal Commissaires de l'exposition : Liliane Schwartz-Kleiber, Jakline Eid (1986, 16 x 16 cm, 48 p.) | 3,00 € |
![]() Tacots en fil de fer, bolides en fer-blanc : c'est sous nos yeux, le rallye étincelant des jouets rêvés, créés, animés par les enfants de Kumasi ou de Brazzaville : nombreux en effet sont ceux que séduit le thème de la voiture, dont Roland Barthes disait : « Je crois que l'automobile est aujourd'hui l'équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d'époque conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image sinon dans son usage, par un peuple entier qui s'approprie en elle un objet parfaitement magique ». Ainsi font-ils, les Kweku, les Kojo, les Kwame, constructeurs en herbes donnant forme à leurs rêves de gosses éblouis ; et de reproduire aussi tout ce qui vole, tout ce qui roule, vélos, avions, hélicos, en un geste ardent où s'opère le redéploiement du merveilleux. Capturé dans son mouvement, piégé dans son essence mécanique, l'engin motorisé, importé par la société industrielle, culmine ainsi au panthéon enfantin - et entre avec eux dans le champ africain du mythe. Mais tout est dans la matière, et dans la manière dont s'effectue ce processus de création. Ici, l'on fait avec ce que l'on a, ou plutôt avec ce que l'on trouve ; et c'est à qui rapportera le précieux butin - boîte de conserve ou fil de fer, chèrement disputés aux adultes pour la construction du jouet escompté. Une fois ces matériaux amassés, les enfants, en cours d'assemblage, travaillent directement, sans modèle, se fiant à leur seule mémoire visuelle : tant est vive leur aptitude, comme le notait déjà Marcel Griaule, à saisir au vol l'image de l'objet offert à leur dévotion. Image grandement simplifiée, certes, mais aussi vigoureusement suggestive, qui n'est pas sans évoquer par là certains traits spécifiques de l'art populaire : force d'expression, récurrence des archétypes, travail de mémoire, production en série, emploi de matériaux de récupération. Autant de caractères qui ne sauraient être dissociés de la finalité de l'objet, de son aspect fonctionnel. Car de tels jouets seraient impensables s'ils ne devenaient opératoires : le soir, dans les concessions, on se rassemble alors pour la parade des voitures et l'on joue à la course ou à l'accident. il s'agit, dans le cas présent, uniquement des garçons. Absentes de ce parcours, les filles ont d'autres lieux, d'autres jeux. Ainsi, les enfants-artisans, auteurs de ces prouesses métalliques, sont-ils en prise sur le monde, puisqu'à travers le jeu -et la prise en compte de ses règles- s'effectue la socialisation; et puisqu'à travers le mouvement créateur, ses obstacles, ses triomphes et ses vertiges, se construit insensiblement le moi. Liliane Schwartz-Kleiber | |