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![]() Avant-propos de Lucette Albaret, Présidente de l'ADEIAO Textes de Lucette Albaret, Michel-Georges Bernard, François Pouillon (2000, 16 x 16 cm, 44 p.) | 7,60 € |
![]() Rien dans la destinée comme dans l'œuvre de Baya qui ne relève d'une improbable féerie. Le contraste apparaît d'emblée magique entre sa frêle silhouette, sa modestie, et le flux puissant de son travail, la vigueur de ses tracés, l'intensité de ses couleurs. C'est sous le signe de la légende que naît sa création quand, « enfant sauvage », il lui est donné la possibilité de réaliser les étonnantes gouaches qu'elle anime de ses contes. « Si on peut imaginer des correspondances dans les thèmes de Baya avec ceux du plus ancien Orient par une transmission orale traditionnelle, qu'en est-il des analogies plastiques ? Cette enfant n'a jamais rien vu qui ait quelque rapport avec les formes et les couleurs de l'Egypte, de la Crète et de Sumer -comment a-t-elle retrouvé l'essence de l'arabesque ? » interroge Jean de Maisonseul. L'exposition de ses gouaches chez Maeght alors qu'elle n'a pas même seize ans demeure de l'ordre de la fable. C'est par une sorte de miracle, « un concours ultra favorable de circonstances » écrit Breton dans sa préface, qu'elle incarne les premiers pas d'un art algérien moderne dont les cheminements complémentaires ne se cristalliseront décisivement que durant la décennie suivante, à travers la peinture des précurseurs, tels Issiakhem et Khadda, tous nés comme elle autour de 1930. Mais sans doute est-ce le climat de ses œuvres qui recouvre de ce voile d'enchantement un parcours jalonné d'obstacles, embûches, malentendus et frustrations, depuis son enfance orpheline et la longue période pendant laquelle elle se trouve dans l'incapacité de peindre, tandis que se succèdent les années de guerre, jusqu'à sa disparition au milieu de la souffrance algérienne. Si l'artiste prête existence à ses œuvres, elles le lui rendent bien, lissant l'ombre et la douleur, lui composant la présence toute de lumière qui finit par devenir sa vraie vie. Climat en fait non pas donné, vécu, seulement traduit, mais bien davantage construit, gagné : cette féerie, c'est activement que l'invente Baya durant plus d'un demi-siècle dans l'exploration d'un langage si personnel et si aisément identifiable qu'on pourrait le croire immobile. Art naïf, a-t-on répété, en une formule qui risque de présenter l'artiste comme le jouet de son enfance ou le seul transcripteur des forces de son inconscient. | |