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Association pour la Défense Et l'Illustration des Arts d'Afrique et d'Océanie
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Arts africains : sculptures d’hier, peintures d’aujourd’hui

Les publications de l'ADEIAO

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Arts africains : sculptures d’hier, peintures d’aujourd’hui
N° 1 - Arts africains : sculptures d’hier, peintures d’aujourd’hui
Artistes présentés : Kra N'Guessan, Michel Kodjo, Damase Aboueu, Touré Yacouba, Ninin Trah Bi, Ernestine Meledge, Bath Youssouf, Jean Siriki, Tra Nanti Bi, Tano Kouakou, Jacques Samir, Déaou Jo Diomande, Pascal Kenfack, Christine Ozoua, Maryem Sidibe, Bin Risasi Kalama, Fatoumata Louguet, Théordore Koudougnon, Tamessir Dia, Christian Mouity, Gutène, Assita Zézé, Djogo Thiam, Bakari Ouattara, Zigoma
Avant-propos de Henri Marchal, Conservateur du MAAO
Commissaires de l'exposition : Jacques Yankel, Lucette Albaret
(1985, 16 x 16 cm, 36 p.)
(épuisé)
Arts africains : sculptures d’hier, peintures d’aujourd’hui
 

C'est durant mon long séjour au Mali, il y a quarante ans, que j'ai découvert l'art traditionnel africain. A cette époque, à l'exception des artistes et de quelques collectionneurs et ethnologues, peu d'amateurs s'y intéressaient vraiment. On considérait « l'art nègre » comme une curiosité folklorique.

Mais l'influence qu'il a exercée au début du siècle sur les écoles de peintures cubiste et surréaliste est indéniable et, au même titre que les Demoiselles d'Avignon de Picasso, il fait partie de notre Musée imaginaire.

A la suite des peintres et sculpteurs occidentaux, les historiens d'art et les conservateurs de musée ont commencé à étudier et à collectionner des œuvres admirables, méconnues jusqu'alors, pour leur valeur d'enseignement artistique et ethnographique : aujourd'hui, on n'hésite plus à exposer en parallèle une sculpture égyptienne de bonne époque, un masque Dan à côté d'un portrait de Modigliani.

L'art africain est entré dans l'histoire de l'Art et, les temps ayant changé, ses œuvres figurent dans les musées les plus prestigieux et parmi ceux-ci, au musée des arts africains et océaniens. Mais le danger avait existé au XIXe siècle et aux siècles antérieurs, lors des grandes expéditions européennes, de voir se raréfier du fait des colonisateurs et des missionnaires ces merveilleux objets d'un culte qui avait le défaut rédhibitoire de n'être pas le leur ; et St. Sulpice n'était pas loin!

Personnellement, j'avais collectionné les sculptures, masques, tapas qu'on trouvait alors sur les « marchés aux puces » ou chez les rares marchands parisiens.

Plus tard en 1968, les « événements » m'ayant propulsé à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, je continuais à vivre dans l'ambiance de l'art africain contemporain, grâce à de nombreux jeunes peintres issus des pays francophones.

Le lien entre l'art du passé que je vénérais et celui qui se pratiquait sous mes yeux me prouvait que rien n'était rompu et que, passant de la sculpture à la peinture, le génie africain perdurait.

Pourquoi faudrait-il d'ailleurs, que les oeuvres du passé étouffent, dissimulent les réussites incontestables des artistes actuels ?

Or, que ce soit en Côte-d'Ivoire, au Sénégal, au Gabon, au Cameroun, voire au Togo, au Zaïre et au Congo, il se trouve depuis plusieurs décennies que des artistes sont en train de renouer avec la grande histoire de l'art africain.

Les premiers peintres de la nouvelle génération débarquée à Paris à l'Ecole des Beaux-Arts vers 1970 apportaient avec eux des tableaux conçus dans leurs pays respectifs, souvent dans leur village natal, avec les supports utilisés de tous temps par leurs ancêtres : cette « sparterie », étoffe frustre, épaisse, de couleur ocre ou brune, fabriquée à partir de matière ligneuse des arbres, l'écorce battue, qu'on appelle le tapa.

A même ce support rugueux, ils peignaient, taillaient, cousaient, collaient, incorporaient des matériaux trouvés sur place : tissus écrus ou imprimés, cauris*, cordes, ficelles, lianes, bambou, terre de couleurs... puis ils les assemblaient sur des châssis fabriqués de toute pièces avec des bois mal équarris.

Ces peintres utilisaient les couleurs naturelles tirées des argiles, des poudres et des plantes. Ils obtenaient ainsi des teintes dans la gamme ocre, brun-rouge, brun-foncé, noire et blanche. Tous ces matériaux qui leur sont familiers depuis leur enfance, participant à la fabrication des poteries, masques, costumes de fêtes et de cérémonies, se sont métamorphosés plus tard en signes, tatouages, scarifications, graffiti sur leurs œuvres personnelles - œuvres animées de l'esprit même du pays et de ses traditions ancestrales.

Ces premiers artistes qui recouraient à ces techniques du collage et de l'assemblage auxquelles ils sont restés fidèles se sont regroupés en Côte-d'Ivoire sous l'appellation : Vohou-vohou ; parmi eux, on peut citer : Aboueu, Diomandé, Koudougnon, Ozoua, Louguet, Zézé, N'Guessan, Youssouf, Kouakou, Yacouba, Meledge, etc.

Une seconde catégorie de peintres venus à Paris un peu plus tard pratiquent un art plus diversifié, abandonnant les matériaux traditionnels africains et utilisant les toiles et couleurs du commerce. Parmi ceux-ci : Ouattara, Dia, Samir, Kenfack, Kodjo, Trah Bi, Kalama, Thiam, Sidibé,...

D'autres encore, parmi les derniers arrivés, se perfectionnent dans la peinture d'enseignes comme Nanti Bi ou Siriki. Sur les marchés principalement, c'est une exposition permanente d'enseignes de toutes origines et représentant certains corps de métiers - coiffeurs le plus souvent, mais aussi horlogers, marchands de lunettes, tailleurs, guérisseurs - certains peintres d'enseignes installant leur atelier en plein air, au coin d'une rue et travaillant à la demande. Au Congo, les scènes de marché ont beaucoup inspiré poétiquement les peintre de l'école Poto-Poto, qui sont représentés ici par Gutène et Zigoma.

Tous ces artistes expriment, chacun à leur manière, un renouveau important de la créativité plastique en Afrique. C'est pourquoi, il était tentant de souhaiter confronter, à l'intérieur même de ce musée, les œuvres conçues à des époques très différentes et suivant une inspiration éloignée. Sans doute nos jeunes peintres n'obéissent-ils plus aux mêmes motivations que leurs ancêtres « forgerons ». Pourtant, de leur rapprochement émanent la même charge émotive, le même pouvoir évocateur, la même sensation magique.

Que toute l'équipe du musée des arts africains et océaniens et celle de l'ADEIAO - en particulier Madame Lucette Albaret - qui nous ont permis de présenter cette exposition en soient remerciées du fond du cœur, car ainsi un de mes vœux les plus cher est enfin réalisé.

J. Yankel

* cauris - petits coquillages gastéropodes, servant soit de monnaies, soit d'éléments décoratifs.

Association pour le Développement des Echanges Interculturels au Musée des Arts d'Afrique et d'Océanie