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Association pour la Défense Et l'Illustration des Arts d'Afrique et d'Océanie
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Alaye Atô, dessinateur dogon

Les publications de l'ADEIAO

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Alaye Atô, dessinateur dogon
N° 14 - Alaye Atô, dessinateur dogon
Avant-propos de Jean-Pierre Dozon, Directeur du CEA, et Lucette Albaret, Présidente de l'ADEIAO
Textes de Bernard Pataux, Eric Jolly, Jacques Binet
(1999, 16 x 16 cm, 54 p.)
7,60 €
Alaye Atô, dessinateur dogon
 

J'ai rencontré Alaye, paysan dogon devenu dessinateur, voilà plus de dix ans, dans son village de la falaise de Bandiagara. C'était en août 1987, à Yendouma Atô, Alaye avait environ vingt ans. Moi, bien trente de plus. Il ne savait pas ma langue, je ne parlais pas le dogon. C'est par le truchement d'Inéré, mon guide devenu mon ami, que nous fîmes connaissance. C'est par lui que depuis cette première rencontre se poursuivent nos contacts oraux.

Pourquoi la naissance d'un tel lien ? Alaye portait dans la main droite une boîte de carton bleue, médiocre emballage de sucre en morceaux converti en plumier pour quelques pauvres crayons feutre et, coincée sous l'aisselle de son bras gauche, une planchette avec quelques pages de cahier maintenues par un élastique. Coincée là parce qu'au niveau du poignet gauche il n'y avait pas de main. La manche du vêtement ne dissimulait guère un moignon tranché net.

Sur les feuilles du modeste sous-main, Alaye avait en plusieurs versions tracé et colorié des scènes terrifiantes, celles de l'accident qui l'avait amputé, son fusil ayant explosé lors des funérailles auxquelles il participait, quatre ans plus tôt.

Montre bracelet, corne à poudre, ambulance, giclée de sang, masque Kanaga et l'arme fatale emplissaient la surface des dessins, à la fois maladroits et pleins d'autorité.

Sur d'autres pages, arrachées à un cahier d'école -école à laquelle Alaye n'est jamais allé- plus étonnants encore, des personnages monstrueux plus animaux qu'humains. Parfois quelques commentaires, d'une syntaxe très approximative, écrits par Ankorome Andiouna en « l'année scolaire 86-87 » : ces dessins, des visions nocturnes apportées par les « malakahi », démons tourmenteurs, depuis l'accident. Je n'ai jamais rencontré ce rédacteur, peut-être aussi fournisseur du papier, mais tous les dessins portaient bien le nom de leur auteur : « Alaye Atô ». Notre dessinateur signe rarement de son entier patronyme « Alaye Antemelou Kene Teme ». A la manière de certains artistes de notre passé européen, il accompagne son prénom du nom de son village.

Bernard Pataux

Association pour le Développement des Echanges Interculturels au Musée des Arts d'Afrique et d'Océanie