
Je suis un homme de Lascaux, un homme dont les ancêtres peignaient et gravaient sur les parois des grottes et des abris retirés, il y a quinze ou vingt mille ans, de fabuleuses fresques de bisons, de chevaux et de rennes.
Durant toute mon enfance j'ai recherché à la lueur d'un lumignon toutes les fêlures et les rondes-bosses naturelles de la roche qui pouvaient révéler une de ces silhouettes mystérieuses qui me semblaient procéder d'une étrange magie.
Plus tard je les ai retrouvées, ces gravures anciennes, avec la même émotion dans les grottes d'Altamira en Espagne, au Mas d'Azil en Ariège, à Cabrerets dans le Lot, au Tuc d'Audoubert.
Je les ai déchiffrées au fond du Sahara dans les Tassilis et dans l'Aïr, sur les falaises de Mizda en Libye, dans le Fayoum égyptien, aux confins de la Patagonie, au Transvaal...
Toutes semblables, tracées par les doigts infaillibles des tireurs d'arc et l'œil exercé du pisteur ou du berger. Toutes d'égales techniques, toutes issues de la même angoisse spirituelle d'établir le pouvoir de l'homme sur le monde environnant, toutes soucieuses de faciliter la survie du groupe humain en associant les forces magiques à tous les gestes essentiels de l'existence, la recherche de la nourriture, du plaisir, de la danse et des jeux.
Peintres et magiciens collaboraient étroitement à la célébration de ces rites : envoûtement du gibier, en l'enfermant dans les lignes de son image tracées par des mains humaines, arrêt du temps, célébré par des scènes de danses ou de fêtes fameuses que n'effacerait plus la fuite éperdue des jours.
Assemblage de signes abstraits qui traduisaient les phantasmes de cette pensée réfléchie qui distinguait à jamais l'homme des autres mammifères.
Tous ces jaillissements spontanés dans des clans perdus sans liaison, ou sans possibilité de rencontre entre eux sur l'immensité de la planète, illustrent l'unité du groupe humain, la source commune de son imagination, de ses angoisses et de ses espérances.
Atelier de l'universel, dirons-nous, d'où seraient sortis tous les peintres, les sculpteurs, les musiciens et les poètes. Données immédiates de la conscience et de l'art, et révélation de la solidarité fondamentale du genre humain.
Les temples ténébreux de Lascaux ne furent-ils pas les premiers monuments d'où jaillit la lumière, la connaissance du monde et les progrès de l'esprit ?
La longue marche historique des peuples s'est poursuivie irrésistiblement depuis ces temps anciens, mais tous n'ont pas progressé à la même vitesse.
Certains connaissent encore des écueils difficiles à franchir, des retards malheureux, des handicaps culturels dont une main secourable pourrait les affranchir.
Pour que la longue chaîne des peintres, des homo habilis, des maîtres du savoir, des praticiens de toutes disciplines puisse retrouver tous ses maillons, pour que l'ADEIAO qui se consacre depuis de nombreuses années à l'accueil, à la promotion et au sauvetage communs des patrimoines culturels du monde puisse encore tendre ses mains fraternelles.
Pour tous ceux qui lui manifestent leur confiance et qui ont foi dans l'art et la beauté, souhaitons que ce modeste mais lumineux recueil qui vous est présenté aujourd'hui trouve dans leur cœur la place qu'il mérite et soit un départ pour un nouvel avenir.
Guy Georgy
Ambassadeur de France