ADEIAO
Association pour la Défense Et l'Illustration des Arts d'Afrique et d'Océanie

Temps du rêve

Art aborigène contemporain d’Australie

Les Aborigènes, anciens nomades chasseurs-cueilleurs, ont été refoulés dans les années 1960 au sein de communautés, dont l’une d’elles, Papunya au sud-est du Désert occidental est la ville d’origine de Lily Kelly Napangati et de Georges Yapa Tjangala qui figurent dans notre collection.

Depuis des millénaires (50.000 ans), les Aborigènes peignaient sur les parois rocheuses, sur leur corps et sur le sol à l’aide de sables de couleur, plus tard, sur des écorces d’eucalyptus. C’est à Papunya, en 1971, sous l’instigation d’un instituteur blanc, que cet art de nomade, éphémère, rituel, va se muer en peinture aborigène contemporaine, d’abord sur des matériaux de récupération, cartons, fonds de caisse et enfin sur la toile.

Si le mouvement est né il y a une trentaine d’années, ses racines sont immémoriales. Ce que les artistes transcrivent sur la toile, à l’acrylique, fait partie de l’histoire collective de la communauté, celle du temps du rêve. C’est le récit des origines, de l’aube de l’humanité. La communauté est à la fois dépositaire et gardienne de ce mythe fondateur de la culture aborigène. A travers les peintures, elle perpétue et actualise le passé.

Peu à peu s’est instituée une géographie sacrée, paysages abstraits, comme vus du ciel. Le style varie d’une communauté à l’autre, mais la surface saturée de pointillés y est souvent une constante.

Les qualités des femmes furent beaucoup moins reconnues que celles des hommes, au départ. Elles durent attendre les années 80 pour acquérir leur autonomie. C’est à cette époque, à Yuendumu (à quelque 100 km au nord de Papunya), que les hommes donnèrent l’autorisation aux femmes d’utiliser des points dans leurs peintures à l’acrylique.

Une étude sur le groupe Warlpiri révèle que les femmes possèdent leurs propres motifs mettant en évidence les principes de fertilité, de croissance, leurs activités au sein de la famille (exemple : Rêve de femme de Lily Kelly Napangati).

La peinture aborigène initiée depuis une trentaine d’année par les artistes de Papunya et d’Utopia, trouve son prolongement depuis la fin des années 80, dans ce qu’on nomme l’art de Balgo. Une nouvelle génération en effet, d’une remarquable créativité, s’impose dans un autre site, à Balgo Hills (500 habitants, important carrefour aux portes des déserts du Tanami et du Grand Désert de Sable), comme chef de file de ce mouvement pictural contemporain porteur des plus anciennes traditions de notre univers.

(d'après le catalogue "Paysages rêvés" artistes aborigènes contemporains de Balgo Hills - ouvrage collectif sous la direction d'Alain Nicolas - Exposition au MAAOA de Marseille, 5 juin-3 octobre 2004)

Association pour le Développement des Echanges Interculturels au Musée des Arts d'Afrique et d'Océanie